10.09.2017, 11:30  

Saint-Maurice rend hommage au talent de Mix & Remix

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 En 2005, Jean-Pierre Coutaz (à d.) a inauguré la vocation du château consacrée aux arts graphiques avec une rétrospective consacrée à Mix & Remix. Douze ans plus tard, Philippe Duvanel rend un hommage posthume au dessinateur de presse.

 10.09.2017, 11:30   Saint-Maurice rend hommage au talent de Mix & Remix

Culture - Douze ans après une première rétrospective, le château de Saint-Maurice présente à nouveau des dessins de Mix & Remix, pour un hommage posthume. Regard croisé avec les deux directeurs qui ont conçu ces expositions.

En arrivant dans les combles, un personnage au nez hypertrophié accueille le visiteur. Le trait est immédiatement identifiable. Jusqu’au 12 novembre, le château présente 150 œuvres de Mix & Remix, pour un hommage que Philippe Duvanel a souhaité rendre au dessinateur décédé en décembre dernier. 

«Il était profondément humble et simple, et d’une grande générosité», rappelle l'actuel directeur, qui l’a notamment côtoyé à BD-Fil ou en animant une scène de la BD au Salon du livre à Genève.

 

L'exposition consacrée à Mix & Remix est installée dans les combles du Château de Saint-Maurice.  © Le Nouvelliste

 

«Avec lui, c’était no passé!»

«Il n’avait pas le culte de la personnalité», ajoute son prédécesseur. Jean-Pierre Coutaz. Qui a rencontré Philippe Becquelin en préparant la rétrospective qu’il lui a consacrée en 2005, inaugurant ainsi la vocation "arts graphiques" de la forteresse agaunoise. «Quand je l’ai approché, il a cru que c’était un gag. Il n’avait aucun intérêt pour ce qu’il avait fait. Il créait, puis se tournait vers autre chose. Avec lui, c’était no passé!» 

Cette nouvelle exposition décline différents mondes explorés par le Lausannois d’adoption, de ses illustrations pour le journal du Collège «Le Potin» ou le club de rock La Dolce Vita jusqu’à ses dernières œuvres.

 

Mix & Remix a aussi signé des illustrations pour le club de rock lausannois La Dolce Vita.  © Le Nouvelliste

 

Si les registres varient et que le style évolue, demeure en forme de fil rouge le sérieux d’un artiste «qui ne faisait jamais les choses à moitié», relève Philippe Duvanel. «Quand on est un créateur et qu’on doit faire rire, on risque d’être moins bon. A mes yeux, il ne l’a jamais été car il avait le talent de capter les choses, de les raconter avec simplicité pour les rendre accessibles à chacun.» 

Pertinent et impertinent

Jean-Pierre Coutaz admire cette capacité d’aller à l’essentiel et d’exprimer une personnalité en deux coups de crayon. «Subjectivement, j’en viens à me demander si Mix & Remix ne s’est pas trompé de vocation. Car ce qui fait rire, c’est le texte et le sien est fulgurant! Bougrement pertinent et impertinent, mais sans méchanceté.»   

Au-delà de ses très populaires dessins de presse, l’exposition agaunoise ouvre aussi le volet de sa production artistique, consacrant notamment un espace à une sélection d’œuvres que Philippe Becquelin a signés alors qu’il était déjà malade. «Mix a retrouvé une certaine liberté et le plaisir de redessiner pour lui», souligne Philippe Duvanel. «C’est un cadeau exceptionnel qu’il nous a offert, parce que ce témoignage incroyable va au-delà de ce qu’on peut attendre de lui.»

>> A lire aussi: Décès de Mix & Remix: le Valais lui rend hommage

 

«De dessinateur, il devient peintre»

«Derrière cette phrase "Dans la bande dessinée, il faut savoir écrire et dessiner... et tout ça pour faire un art mineur", je sens comme une frustration de penser qu’aux yeux des gens, la BD ou le dessin de presse n’a pas de valeur», commente Jean-Pierre Coutaz. «Et en faisant le lien avec ses dernières créations, je me demande si Mix & Remix n’a pas cherché à faire un art majeur. Purement plastique, sans faire passer de message et qui, en allant à l’essentiel, rejoint un peu la poésie involontaire des enfants. De dessinateur, il devient peintre.»

 

Le dessin que Jean-Pierre Coutaz a choisi de commenter.  © Le Nouvelliste

 

«Le pied de nez de Mix & Remix»

«Intitulé «L’état hilarant», ce tableau dégage une certaine noirceur», relève Philippe Duvanel, faisant référence à l'oeuvre retenue pour illustrer l'affiche de l'exposition. «Mais en même temps, il m’apaise car c’est une forme de pied de nez à beaucoup de choses. Notamment, j’imagine,  au monde, à la mort, à l’inévitable. Un trait qui caractérise MIx & Remix car il a toujours été assez moqueur et qu’il allait jusqu’au bout. Ce dessin rejoint l’épure qu’il a toujours eu dans son travail.»

 

Le tableau que commente Philippe Duvanel a été retenu pour illustrer l'affiche de l'exposition agaunoise.  © Le Nouvelliste

 

 

«On rit toujours en redécouvrant ses dessins»

Dominique Becquelin apprécie de revenir dans la ville natale de son mari pour cette deuxième exposition au château de Saint-Maurice. «Ses dessins, surtout ceux de presse, on les voit puis on les oublie et on rit toujours en les redécouvrant», explique-t-elle. «Et entre deux, il a évolué et créé d’autres choses. Par exemple ses dernières œuvres, qu’il a toujours voulu faire sans en trouver le temps car il était dans l’urgence de l’actualité. Quand il a dû tout arrêter, un peu comme d’autres vont à la pêche à la retraite, il a pu se consacrer à quelque chose de plus personnel, de plus léger.»


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