18.06.2017, 23:55

«J’ai tendance à lire des Anglo-Saxons»

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Jérémie Gindre s’intéresse de près à la préhistoire et à l’archéologie.

 18.06.2017, 23:55 «J’ai tendance à lire des Anglo-Saxons»

Par laurence de coulon

Le Genevois publie «Pas d’éclairs sans tonnerre», le roman initiatique d’un garçon qui s’enflamme pour l’archéologie, des pétroglyphes à la chasse aux bisons. Passionnant.

Donald vit dans l’Ouest canadien avec sa mère qui rêve de s’échapper de sa vie à la ferme, et son père qui ne jure que par elle. Dans sa vallée, les habitants récoltent des fossiles et des ossements de dinosaures à la pelle. Ses grands-parents participent à la fondation d’un musée dédié à l’histoire de la région. Quant au...

Donald vit dans l’Ouest canadien avec sa mère qui rêve de s’échapper de sa vie à la ferme, et son père qui ne jure que par elle. Dans sa vallée, les habitants récoltent des fossiles et des ossements de dinosaures à la pelle. Ses grands-parents participent à la fondation d’un musée dédié à l’histoire de la région. Quant au garçon, il lit des contes indiens, ces natifs dont personne ne lui parle, et sillonne la région à la recherche de leurs traces.

Par strates, Jérémie Gindre raconte dans «Pas d’éclairs sans tonnerre» la compréhension du monde d’un enfant étrange et curieux et nous livre par la même occasion l’histoire de l’Ouest canadien. Et c’est fascinant! Qu’il s’agisse des maisons choisies sur catalogue du début du siècle précédent ou des techniques ancestrales de chasse. Interview d’un écrivain également artiste plasticien.

Comment est né «Pas d’éclairs sans tonnerre»?

Il est né d’une résidence au Centre archéologique européen de Bibracte, en Bourgogne, en 2013. On m’a invité à passer du temps chez eux, mais je ne savais pas encore ce que j’allais faire, un livre d’images, une expo ou un livre. J’ai vu qu’il y avait une matière à travailler qui rejoignait mes intérêts plus anciens, notamment la préhistoire. Qu’est-ce qu’on garde des civilisations qui n’ont pas laissé d’histoire écrite? A Bibracte, il s’agit des Gaulois, et pour le roman, j’ai déplacé la question sur un terrain différent, celui de l’Ouest canadien et des Amérindiens.

Vous vous étiez déjà intéressé à l’archéologie dans le passé?

L’archéologie, chez moi, c’est une marotte, comme l’a été la géologie, les neurosciences, une quantité de sujets qui doivent alimenter mon besoin de raconter des histoires. L’archéologie m’a toujours intéressé. Comment on lit un paysage, comment on peut le comprendre. Les zoologues et les géologues ont un regard différent d’un promeneur sur un paysage. Je m’intéresse beaucoup à notre compréhension de notre Environnement.

Pourquoi situer votre roman au Canada?

A cause de mes lectures. J’ai tendance à lire des Anglo-Saxons et je me suis pris d’affection pour Wallace Stegner. C’est un théoricien de l’Ouest américain qui a beaucoup écrit sur la région, notamment des romans. J’ai découvert par hasard que l’endroit où il a grandi s’est transformé en résidence d’artistes grâce à un club des amis de l’art qui est plutôt une association de fermiers qui s’intéressent à autre chose qu’à l’agriculture. Quand j’ai su ça, j’ai tout de suite postulé. Des fois, les choses mettent du temps à se sédimenter et à se lier. Le séjour canadien a précédé la résidence archéologique, même si j’y suis retourné après.

Dans ce roman, la curiosité de l’enfant est très forte.

Il y a un grand appétit qui découle d’un manque. On ne lui dit pas grand-chose sur l’endroit où il vit et quelque chose est en train de se perdre. C’est l’histoire du secret. Plus c’est secret, plus on veut comprendre. C’est presque un TOC chez lui, c’est compulsif de comprendre ce qui se cache dans le paysage.

Sa démarche est-elle la même que celle de l’artiste?

C’est toujours délicat de créer un lien entre soi et le personnage. Je vois cette démarche aussi chez les enfants qui ont des périodes où ils ne jurent que par le foot pendant six mois, et après c’est la plongée, avec une sorte de radicalisme, jusqu’à épuiser le sujet. C’est typique de l’enfance, pour moi, bien que je me rende compte que je fonctionne encore comme ça.

Un de vos projets, des dioramas sur l’évasion des espèces, sera exposé au Muséum d’histoire naturelle de Genève dès octobre. Il a beaucoup de points communs avec votre roman.

Oui, il y a pas mal d’échos, simplement avec la question du musée et comment on représente les choses dans leur état naturel. C’est une espèce de capsule du monde. Ces questions me travaillent. Comment est-ce qu’on transmet, comment on raconte, avec objectivité ou, au contraire, subjectivité? Les musées eux-mêmes sont-ils sophistiqués ou bricolés? Dans le roman, on voit la confection d’un musée très artisanal, avec l’exposition d’une charrue qui appartenait à un paysan, des silex trouvés dans les champs. On met ces objets en vitrine et on les fait parler. On leur fait raconter l’histoire.


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